Histoire

1904–1990 : près d’un siècle d’aventure industrielle

L’histoire des Établissements Grousset est celle d’une entreprise familiale devenue un acteur majeur de la fabrication mondiale d’écrous. Née à Firminy en 1904, l’entreprise accompagne les transformations de l’industrie française du XXᵉ siècle avant de développer à Saint-Just-sur-Loire, aujourd’hui Saint-Just-Saint-Rambert, un important outil industriel.

Au fil des générations, la famille Grousset développe les techniques de production, les capacités de l’usine et la présence commerciale de l’entreprise en France comme à l’international.

1904 — Les débuts à Firminy, de l’automobile aux écrous

L’aventure Grousset commence à Firminy en 1904. Les premières activités sont liées au travail du métal et notamment à la fabrication de pièces destinées à l’automobile, secteur alors en plein développement.

Grousset va créer ses propres automobiles devenant l’un des pionniers de la grande aventure de l’industrie automobile. Jacques Grousset oriente tout d’abord la fabrication de cette nouvelle usine sur l’exécution de pièces pour l’industrie automobile : vilebrequins, bielles, soupapes, cylindres, etc… puis passionné par cette nouvelle industrie naissante, la firme entame à son tour la construction de voitures automobiles. Les automobiles « Grousset » connaissant rapidement un vif succès.

Devant les gros investissements indispensables pour continuer cette fabrication et ne voulant pas faire appel à des capitaux étrangers à la famille, la Société Grousset et Fils décide l’arrêt de cette production. L’entreprise s’oriente progressivement vers ce qui deviendra sa grande spécialité : la fabrication industrielle des écrous.

Jacques Grousset estimant que l’industrie doit se spécialiser, poursuit la fabrication de pièces détachées pour l’automobile et entreprend la fabrication des écrous , objets de grande consommation déjà normalisées. La même année 1908, la Société transfère ses ateliers dans des locaux plus vastes toujours à Firminy, rue Dorian, et se spécialise davantage dans la fabrication des écrous.

1904-1919 De Firminy à Saint-Just-sur-Loire

Après ses débuts à Firminy, l’entreprise Grousset poursuit son développement et s’implante à Saint-Just-sur-Loire, aujourd’hui Saint-Just-Saint-Rambert. Ce nouveau site accompagne la croissance de l’entreprise et permet le développement d’un véritable outil industriel consacré notamment à la fabrication d’écrous. Au fil des décennies, les ateliers évoluent, les équipements se modernisent et la production prend une nouvelle dimension. En 1919 Saint-Just abrite l’étude, la création et la réalisation d’un laminoir.

C’est à Saint-Just-sur-Loire, près de la gare, que l’on construit le premier bâtiment, dont la charpente avait été primitivement prévue pour Firminy. Jacques Grousset poursuit son idée de spécialisation et remonte plus haut dans le cycle de fabrication des écrous. Il met notamment en service un atelier d’étirage et conçoit un laminoir réalisé par l’usine elle même.

Autour de l’usine se construit une aventure à la fois industrielle, familiale et humaine. Plusieurs générations participent à son développement, tandis que les savoir-faire acquis dans le travail et la transformation du métal deviennent une composante essentielle de l’identité Grousset.

Vue historique de l'usine Grousset en 1919.
Les Établissements Grousset, site de production de l’entreprise en 1919 au lendemain de la Grande Guerre. Archives Fondation Grousset.

1921- Machines réalisées entièrement par Grousset

Les machines à décolleter disponibles sur le marché, d’excellente conception pour l’époque et assurant une bonne production, ne sont pas cependant suffisamment adaptées à la fabrication des écrous. Monsieur Jacques Grousset étudie alors les premières machines entièrement conçues et réalisées par la Société. Monsieur Paul Grousset, remarquable mécanicien, en surveille l’exécution. C’est ainsi que débute une longue série de type de machines qui aboutissent à celles d’aujourd’hui… et de demain.

1923 – L’usine de Firminy est définitivement fermée.

Son matériel est transféré à St Just sur Loire où s’établit également une grande partie du personnel.

1925 – Fabrication de boulonnerie décoletée

Outre les écrous, la firme fabrique également de la boulonnerie décolletée, en même temps qu’elle vend son excédent de fabrication d’aciers étirés ou laminés.

1927 – La Société Grousset devient une Société À Responsabilité Limitée

La Société Grousset et Fils existant entre MM. Paul et Jacques Grousset est transformée en Société à responsabilité limitée.

1930 – Décès de Paul Grousset, cofondateur

Unanimement regretté tant de ses nombreux amis que du personnel de l’usine, Monsieur Paul Grousset est rappelé à Dieu. Monsieur Jacques Grousset assume seul la direction de l’affaire.

1934 – Paul-Antoine Grousset, 3ème génération

Monsieur Paul Antoine Grousset, fils de Monsieur Jacques Grousset, est nommé co-gérant de la Société.

1936 – Modernisation

Devant la constante augmentation de la production, il est apporté de nombreuses modifications à l’atelier de laminage. Un nouveau four beaucoup plus puissant est installé, ainsi qu’une grille de refroidissement entièrement automatique.

1946 – Production exclusive d’écrous

Devant l’accroissement de la vente des écrous, et désirant ne pas concurrencer ses propres clients boulonniers, la firme cesse définitivement la fabrication des boulons et vis. Elle se consacre uniquement à la production des écrous.

1954 – 50 ans des Établissements Grousset

Les Établissements fêtent à la fois les 70 ans de Monsieur Jacques Grousset et leurs 50 ans d’existence.

1957 – Transformations industrielles

L’atelier de laminage est doté d’une cage automatique de dégrossissage, qui permet une production plus élevée d’aciers laminés. Durant la même période, l’atelier d’étirage est progressivement transformé et équipé des derniers perfectionnements. L’atelier de décapage est remplacé par un atelier de décalaminage par grenaillage.

1959 – Raccordement direct de l’usine à la SNCF

Comme prévu depuis l’origine, et en raison de l’importance des approvisionnements, l’usine, très voisine de la gare, est raccordée à la SNCF par un embranchement.

1962 – Nouveau train finisseur

Le train finisseur du laminoir est remplacé par un nouveau train entièrement exécuté dans les ateliers.

1963 – Fabrication d’écrous chauffés à chaud

À la fabrication traditionnelle d’écrous, toujours en extension, vient s’ajouter la fabrication d’écrous forgés à chaud de 14 à 30 m/m.

1964 – 60 ans de Grousset, devenu leader mondial de l’écrou

La petite usine du Boulevard Fayol à Firminy, avec ses six machines, est devenue l’entreprise spécialisée en écrous, la plus importante du monde. Elle fête cette année les 80 ans de celui qui en est l’âme : Monsieur Jacques Grousset.

Aujourd’hui, la production des Usines Grousset se situe parmi les premières du monde. Résultat rendu possible non seulement en raison de l’extraordinaire personnalité de l’homme que nous fêtons aujourd’hui, mais aussi de la parfaite entente et collaboration entre la direction et un personnel dévoué.

Un savoir faire exceptionnel unique au monde

Dans le domaine industriel plus qu’ailleurs peut-être, il n’y a pas de miracle, et la réussite ne s’y explique que par une gestion à la fois dynamique et rationnelle, par des procédés de fabrication originaux, par, en résumé, un ensemble de caractéristiques qui contribuent à donner sa personnalité à une entreprise.

Dans le cas des Établissements Grousset, plusieurs traits spécifiques expliquent parfaitement la place prépondérante qu’ils occupent sur le marché mondial de l’écrou. C’est tout d’abord le fait, unique parmi les fabricants d’écrous, même aux U.S.A., que l’usine effectue elle-même d’importantes opérations métallurgiques, telles que le laminage et l’étirage des aciers. Cette autonomie de l’usine Grousset à partir du métal brut est plus complète encore au stade de l’usinage : les machines sont en effet conçues et réalisées sur place. L’on obtient ainsi une meilleure production, non seulement à l’unité-machine, mais aussi à l’unité-homme, le personnel étant particulièrement familiarisé avec des machines qui ont été créées dans l’usine même.

Une entreprise familiale à travers les générations

L’histoire de Grousset ne se résume pas à ses machines et à ses productions. Elle est aussi celle d’une famille qui, génération après génération, accompagne le développement de l’entreprise et transmet un savoir-faire industriel construit au fil du XXᵉ siècle.

Jacques Grousset et Paul Grousset

Jacques Grousset, puis Paul Grousset, participent successivement à cette histoire familiale et industrielle. Sous leur impulsion, l’entreprise poursuit son développement, perfectionne ses moyens de production et consolide sa spécialisation dans la fabrication d’écrous.

Martine Grousset, une nouvelle génération à la tête de l’entreprise

Fille de Paul Grousset et petite-fille de Jacques Grousset, Martine Grousset, épouse de Jean Petit de Chemellier, s’inscrit à son tour dans la continuité de l’histoire familiale. À la mort de son père dans les années 1970, elle reprend la direction de l’entreprise et devient la dernière présidente familiale des Établissements Grousset, jusqu’aux années 1990.

L’ouverture internationale

Sous la présidence de Martine Grousset, l’entreprise poursuit son développement. Elle entreprend notamment un développement international en direction de la Chine, prolongeant ainsi l’histoire commerciale et industrielle de Grousset à une époque de profonde transformation des échanges mondiaux.

Une femme chef d’entreprise engagée

Parallèlement à ses responsabilités à la tête de Grousset, Martine Grousset s’engage dans la représentation des femmes chefs d’entreprise et exerce des responsabilités syndicales patronales. Cet engagement la conduit notamment à être reçue à Matignon par le Premier ministre Michel Rocard.

Grousset en chiffres

Les archives permettent de mesurer l’ampleur du développement industriel des Établissements Grousset. En quelques décennies, la production change d’échelle et l’entreprise devient un employeur important du bassin de Saint-Just-sur-Loire.

De 30 millions d’écrous en 1928 à 1,3 milliard en 1964, les chiffres conservés dans les documents historiques illustrent la croissance considérable de la production. Dans le même temps, les effectifs passent de 150 personnes en 1928 à 338 en 1964.

Au milieu des années 1960, les Établissements Grousset disposent d’un outil industriel capable d’assurer une production considérable. Un document de 1966 fait état d’une production atteignant 550 000 écrous par jour, témoignant de la place acquise par l’entreprise dans son secteur. Une semaine de production en 1964 équivaut à un an de production en 1928.

De l’entreprise à la Fondation Grousset

Un héritage qui se poursuit

Au-delà de son histoire industrielle, Grousset a laissé une empreinte durable sur son territoire. Cette mémoire, faite d’entrepreneuriat, de travail et de transmission, constitue aujourd’hui l’une des racines de la Fondation Grousset.

L’association s’inscrit dans cette continuité avec une ambition tournée vers l’avenir : soutenir des projets utiles, encourager l’initiative et contribuer durablement au territoire.

La « Fondation Grousset » aujourd’hui

De l’entreprise à la mémoire

L’histoire des Établissements Grousset appartient aujourd’hui au patrimoine industriel de la France et de la Loire (42).

Si l’entreprise a disparu, son histoire demeure à travers les archives, les photographies, les documents et les souvenirs de celles et ceux qui ont connu cette aventure industrielle.

La Fondation Grousset est une association dédiée à la préservation et à la transmission de cette mémoire.

Elle œuvre pour faire connaître l’histoire des Établissements Grousset, conserver les témoignages de leur activité et transmettre aux générations futures une part de la mémoire industrielle et humaine du territoire. Les articles de presse, comme celui-ci remarquable, restent hélas trop rares, rendant primordial le projet de collaboration de l’association.

Cette mémoire est aujourd’hui préservée et transmise à travers les archives et les témoignages réunis autour de l’histoire des Établissements Grousset, notamment avec le concours d’Antoine de Chemellier.