
Grousset, aux origines de l’aventure automobile
Bien avant que le nom Grousset ne devienne indissociable de la fabrication de l’écrou, l’histoire de l’entreprise s’écrit dans l’effervescence des débuts de l’automobile.
Au commencement du XXᵉ siècle, l’automobile est encore une industrie jeune. Constructeurs, ingénieurs et mécaniciens inventent des solutions nouvelles, perfectionnent les moteurs et imaginent des véhicules qui transformeront bientôt profondément les déplacements et la société.
C’est dans ce contexte que débute l’aventure de Grousset et Fils.
1904 — Paul et Jacques Grousset s’installent à Firminy
En 1904, à Firminy, dans la Loire, Paul Grousset et son fils Jacques fondent, boulevard Fayol, un atelier de constructions mécaniques sous le nom de Grousset et Fils.
Jacques Grousset est ingénieur, diplômé de l’École des Arts et Métiers de Châlons. À cette solide formation technique s’ajoutent un goût pour l’innovation et une vision industrielle qui vont profondément orienter l’avenir de l’entreprise familiale.
Les Grousset ne se contentent pas de regarder passer la révolution automobile : ils y prennent part.
L’automobile Grousset
Les archives conservées par la Fondation témoignent d’un épisode particulièrement remarquable de cette première période : Grousset et Fils construit sa propre automobile à Firminy.
Cette automobile Grousset replace l’entreprise dans une époque extraordinaire de l’histoire industrielle française, celle des pionniers de l’automobile.
Au début du XXᵉ siècle, construire une automobile suppose de réunir de nombreux savoir-faire : mécanique, travail et assemblage des métaux, transmission du mouvement, fabrication et adaptation de pièces capables de résister à des contraintes nouvelles.
Cette expérience illustre déjà ce qui caractérisera durablement Grousset : une culture de la mécanique, une recherche de solutions techniques et une volonté de maîtriser la fabrication.
Une photographie devenue témoin de l’histoire
Une photographie conservée dans les archives de la Fondation montre Paul et Jacques Grousset auprès de l’automobile construite par Grousset et Fils à Firminy.
Plus qu’une image familiale, ce document témoigne des origines de l’entreprise et de son implication dans les premiers temps de l’automobile.
Il rappelle surtout une histoire aujourd’hui largement oubliée : avant de fabriquer des écrous par millions, Grousset construisait des automobiles.
De l’automobile à l’écrou
L’expérience acquise dans la construction mécanique conduit progressivement Jacques Grousset à s’intéresser à une pièce beaucoup plus discrète que l’automobile elle-même, mais indispensable à son assemblage : l’écrou.
L’intuition est décisive.
Alors que l’industrie automobile se développe, ses constructeurs ont besoin de quantités croissantes de pièces mécaniques standardisées, précises, résistantes et produites avec une grande régularité.
Grousset choisit progressivement la voie de la spécialisation.
L’entreprise abandonne ses autres fabrications pour concentrer son savoir-faire sur cette pièce mécanique apparemment simple et pourtant universelle : l’écrou six pans.
Ce choix va déterminer son avenir.
1919 — De Firminy à Saint-Just-sur-Loire
En 1919, Jacques Grousset quitte Firminy et transfère l’entreprise à Saint-Just-sur-Loire, aujourd’hui Saint-Just-Saint-Rambert.
Le nouveau site offre davantage d’espace et bénéficie de la proximité du chemin de fer, indispensable pour recevoir les matières premières.
L’entreprise développe alors un modèle industriel particulièrement intégré. Grousset ne se contente pas de fabriquer l’écrou : elle cherche à maîtriser toutes les étapes qui conduisent du métal brut à la pièce terminée.
L’usine s’équipe notamment de laminoirs et de tréfileuses. Elle transforme elle-même le métal reçu sous forme de billettes ou de couronnes et va jusqu’à concevoir et fabriquer ses propres machines, afin d’améliorer les rendements tout en maîtrisant ses coûts et la qualité de sa production.
L’esprit d’invention des premiers ateliers de Firminy trouve ainsi son prolongement dans une organisation industrielle de plus en plus ambitieuse.
L’automobile reste au cœur de l’histoire Grousset
Le passage de la construction automobile à la fabrication d’écrous ne marque donc pas une rupture complète.
L’automobile demeure au contraire l’un des grands fils conducteurs de l’histoire de Grousset.
Quelques décennies après l’automobile construite à Firminy, l’entreprise fournit désormais, à très grande échelle, les pièces indispensables aux industries mécaniques et automobiles.
Dans les années 1960, Grousset atteint son apogée industriel. Le site de Saint-Just-sur-Loire représente près de 15 000 m² de bâtiments couverts. En 1964, l’entreprise compte 338 salariés, transforme environ 15 000 tonnes de métal et produit 1,3 milliard de pièces. Ses ateliers sont capables de fabriquer jusqu’à 5,5 millions d’écrous par jour.
Surtout, environ 40 % de cette production est destinée à l’industrie automobile.
Les écrous Grousset voyagent alors bien au-delà de la Loire. Ils sont expédiés vers de grands centres industriels français et internationaux, notamment Détroit, Chicago, Milan et Stuttgart.
Ainsi se dessine une continuité étonnante : l’entreprise qui avait participé, à Firminy, aux débuts de l’automobile devient quelques décennies plus tard l’un des fournisseurs de l’industrie automobile en plein essor.
De la voiture Grousset aux millions d’écrous
L’histoire automobile de Grousset résume à elle seule une grande partie de l’évolution industrielle du XXᵉ siècle.
Au commencement se trouvent Paul et Jacques Grousset, un atelier de constructions mécaniques et une automobile portant leur nom.
Puis vient l’intuition de la spécialisation : plutôt que de construire le véhicule tout entier, Grousset concentre progressivement ses efforts sur l’une des innombrables pièces nécessaires à l’industrie mécanique.
Cette spécialisation, poussée à un très haut degré de maîtrise industrielle, conduira les Établissements Grousset à devenir une référence mondiale de la fabrication de l’écrou.
L’automobile Grousset de Firminy n’est donc pas seulement une curiosité des premières années de l’entreprise. Elle témoigne de l’esprit qui accompagnera plusieurs générations de Grousset : inventer, fabriquer, perfectionner et entreprendre.
